Christophe Rouillon intervient sur la réforme de l’UE

Christophe Rouillon, Maire de Coulaines (Sarthe, France) est intervenu sur les propositions de réforme de l'Union Économique et Monétaire en session plénière du Comité européen des Régions le jeudi 5 juillet 2018.

Économie

Publié le vendredi 6 juillet 2018

Intervention de Christophe Rouillon

Monsieur le Président, cher Karl-Heinz,

Mes chers collègues,

 

Deux remarques préliminaires :

1) Il est vraiment très regrettable que le sujet migratoire occulte les vraies urgences de l’intégration européenne. En effet, la crise actuelle est en réalité une crise politique, basée sur une vision déformée et augmentée de la réalité des arrivées de migrants sur le territoire européen et sur un manque de volonté d’agir des Etats membres. Le dossier migratoire occulte aussi l’urgence absolue d’une réforme de la l’Union Économique et Monétaire.

Or, en zone euro, le climat économique pique du nez et après un quatrième trimestre 2017 sous stéroïdes, le ralentissement de l’activité au début de 2018 est particulièrement marquée notamment en Allemagne et en France.

À ceci s’ajoutent les incertitudes commerciales liées à la politique de la terre brûlée de Donald Trump mais aussi la glissade rapide de la devise chinoise.

Et surtout, il y a le phasing-out du soutien de la BCE à une politique généreuse de création monétaire et de rachat de dette publique. Bref, non seulement les investisseurs doivent réapprendre à vivre sans que les banques centrales interviennent à la moindre occasion mais tous les signaux indiquent que la dynamique économique de 2016 et de 2017 s’essouffle.

Et malheureusement, dans le même temps, il semblerait que de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement européens préfèrent se tourner les pouces ou pire mettre les pouces.

2) Concernant ma philosophie de départ, à savoir l’urgente nécessité d’une réforme de l’UE, le projet de rapport que je vous présente aujourd’hui est proche des propositions de la Commission européenne, portées par le Commissaire européen Pierre Moscovici, et de celles faites, il y a trois semaines. au Sommet franco-allemand de Meseberg par la Chancelière Merkel et par le Président Macron.

Néanmoins, le projet de rapport n’est pas un alignement aveugle sur ces positions franco-allemandes car il met notamment le doigt sur le fait qu’aucun nouvel instrument financier ne doit être financé au détriment de la politique de cohésion.

Sur le projet d’avis : vous ne découvrez rien, nous sommes dans la continuité de mon avis adopté à une large majorité lors de la session plénière de décembre dernier en présence du Commissaire Pierre Moscovici.

Je vous soumets 4 points essentiels de mon avis :

  • Le CdR soutient l’introduction d’une capacité budgétaire destinée à augmenter la résistance de la zone Euro et à préparer la convergence entre les actuels et avec les futurs membres de la zone Euro. Le cofinancement européen des réformes structurelles nationales est souhaitable dans des domaines de compétences de l’UE à la condition qu’ils portent sur des mesures ayant une valeur ajoutée européenne et ayant un impact économique significatif.
  • Nous soutenons le principe d’une intégration du Mécanisme Européen de Stabilité, qui est aujourd’hui une organisation intergouvernementale fonctionnant à l’unanimité, dans le cadre juridique de l’Union Européenne et sa transformation pour partie en fonds européen de secours et pour partie, en backstop/filet de sécurité de l’Union bancaire. Notre but est de protéger les contribuables en cas de nouvel effondrement financier et de prévenir un nouvel infarctus – cette fois fatal – de la zone euro.
  • Nous regrettons une prise en considération insuffisante par la Commission Européenne de l’évolution négative de l’investissement public qui est passé dans l’Union de 3,4 % du PIB en 2008 à 2,7 % en 2016. Nous renouvelons donc notre demande que les investissements d’avenir des collectivités territoriales ne soient plus intégrés dans le calcul des déficits étatiques.
  • Il faut relever enfin le défi de la démocratisation de la gouvernance de l’UEM en donnant un rôle plus fort au Parlement européen et en permettant une incarnation de l’intérêt général de la zone Euro par un Ministre européen des finances. Ce Ministre serait porteur de la double légitimité des Etats-membres et de la Commission Européenne et il symboliserait le fait que l’UEM s’inscrit dans les objectifs de l’Union Européenne en matière de développement durable et de progrès social.

En ce qui concerne les amendements, de nombreux compromis ont déjà été trouvés en commission ECON.

Pour les amendements déposés en session plénière, je me suis efforcé de dégager de nouvelles lignes de compromis par 5 amendements du rapporteur.

Pour conclure je souhaite que cet avis réaffirme la position du CdR en faveur d’une Europe ambitieuse refusant une approche fétichiste, punitive et comptable.

En effet, la politique économique et monétaire doit s’inscrire dans le cadre d’un renforcement de l’Union Européenne à long terme en incluant les enjeux de développement durable, les questions sociales, les enjeux migratoires et la régulation de la mondialisation.

L’Europe cale… Il revient aux maires et aux élus régionaux de se rassembler pour pousser le véhicule et pour le relancer.

Je compte sur votre force et sur votre soutien pour aller ensemble de l’avant !

Merci de votre attention.

Cet Avis a été adopté à une très large majorité du Comité européen réuni en session plénière le 5 juillet 2018

Partager cette page sur :